Interview Héloïse LHÉRÉTÉ – Sciences Humaines

Sciences Humaines enregistre une progression des ventes de +9 % en 2025, dans un contexte pourtant globalement en baisse. Selon vous, qu’est-ce qui a fait la différence cette année et qui expliquerait l’attachement des lecteurs ?

D’abord, il y a la nouvelle formule, lancée toute fin 2024 et qui a porté le succès de toute l’année. Nous avons fait des paris très forts : augmenter la pagination, renforcer la rédaction, améliorer le papier, magnifier la maquette. À contre-courant, nous avons misé sur le magazine imprimé, et sur la vente au numéro. Cela peut paraître audacieux, mais il y a cela dans l’esprit de Sciences Humaines, ce magazine lancé il y a presque 40 ans, à Auxerre, par une petite équipe de passionnés. D’ailleurs, notre nouveau numéro, en kiosque aujourd’hui, est titré « Oser. Psychologie de l’audace » !

Et puis, nous avons travaillé sur des questions qui concernent tout le monde : la santé mentale des jeunes, l’intelligence artificielle, le rapport à l’autorité, l’enfance, la paternité, le corps, les nouvelles vulnérabilités ou les relations affectives.

Nous vivons un moment de profondes transformations, parfois déroutantes. Je crois que nos lecteurs viennent chercher des repères intellectuels stables. Nos lecteurs ont une grande confiance dans Sciences Humaines. Ils savent que les sujets sont traités au temps long, avec sérieux et pluralisme, sans dramatisation ni injonction. C’est un magazine exigeant sur le fond, mais très accessible dans la forme et l’écriture.

Revenons sur la nouvelle formule. Quelles ont été les grandes ambitions qui ont guidé cette évolution ?

Nous sommes partis de l’idée qu’un magazine imprimé conserve une valeur particulière peut-être même plus forte qu’avant parce qu’il permet une expérience devenue rare à l’ère du scrolling : un moment à soi pour s’instruire et réfléchir aux transformations du monde d’où le choix d’une maquette très élégante, d’une iconographie plus originale, d’infographies…

Le second pari réussi de cette nouvelle formule, c’est un léger changement de ton : nous avons voulu renforcer la dimension humaine et chaleureuse du journal. La nouvelle baseline, « Faisons connaissance », symbolise cet effort. Sciences Humaines est moins intimidant, on peut y entrer sans être spécialiste, avec ses questions, ses doutes, ses curiosités. Le magazine ne dit pas « voici ce qu’il faut penser », mais « voici à quoi nous pouvons réfléchir, ensemble ». Dans une époque de polarisation, comprendre commence par reconnaître l’autre le lecteur, le monde, la complexité et accepter d’en apprendre quelque chose.

La couverture a été repensée pour gagner en impact. En quoi cette nouvelle identité visuelle permet-elle de mieux capter l’attention en linéaire ?

Nous avons travaillé une couverture plus lisible, avec des titres et des visuels capables de mobiliser à la fois l’intelligence et la sensibilité. Nous privilégions l’illustration, souvent sur fond blanc, qui laisse place à l’interprétation. Cela n’exclut pas la prise de risque : notre numéro sur « les lents, les bordéliques, les rêveurs » est la meilleure vente de l’année sur le mensuel ! Pour le n° sur les hypersensibles, nous avons choisi un très beau visage d’homme, sur fond rouge, alors que ce thème est souvent associé aux femmes …

Mais il n’existe pas de science exacte des couvertures. En kiosque, ce qui fait vraiment la différence, c’est la promesse éditoriale. Nous avons donc beaucoup retravaillé les titres, moins descriptifs, plus problématisés. Une bonne couverture est celle qui fait résonner une question.

Les changements portent-ils uniquement sur la maquette ou également sur le fond ? Sciences Humaines garde-t-il sa singularité et pouvez-vous la rappeler ?

On ne peut pas comprendre Sciences Humaines sans son ancrage à Auxerre, dans l’Yonne, depuis trente-six ans. Cette position géographique favorise sans doute une attention particulière aux vies ordinaires, ainsi qu’un rapport moins fébrile à l’actualité. D’ailleurs, nos ventes sont réparties à peu près également dans tout le territoire, alors que souvent les magazines de culture à prix de vente élevé sont très parisiens.

Notre autre singularité est de faire dialoguer les disciplines sociologie, psychologie, histoire, anthropologie, économie, littérature, arts en associant chercheurs et journalistes capables de traduire les savoirs. La nouvelle formule renforce cette ambition, notamment par une place accrue accordée au récit.

Et puis, il y a un grain de folie propre à Sciences Humaines. Notre meilleure vente, cette année, a été le hors-série d’été Psychologie de la connerie, qui a dû être retiré !  Un sujet en pleine actualité…

La vente au numéro reste un enjeu clé. Quelles actions mettez-vous en place pour soutenir cette dynamique en point de vente ?

Nous avons réalisé plusieurs campagnes de promotion. D’autre part, pour chaque numéro, nous fournissons aux marchands des affichettes, et beaucoup jouent le jeu ! Nous sommes aussi beaucoup plus présents qu’avant dans les médias, surtout radio et TV, et bien sûr, sur les réseaux sociaux, pour faire connaître nos couvertures.

Nous avons aussi simplifié et clarifié notre offre : il y a le mensuel, les Grands Dossiers thématiques (4 par an), et les 4 hors-séries annuels. Ainsi à tout moment il y a 3 magazines chez les marchands, avec des sujets très différents, pour s’adresser à tous les types de lecteurs (grand public cultivé, professionnels de l’humain comme les psys, les coachs, les éducateurs, enseignants et étudiants…).

Pour conclure, quel rôle jouent les marchands de journaux dans le succès de cette nouvelle formule ?
Les marchands de journaux sont des passeurs. Dans un monde de plus en plus dématérialisé, ils incarnent un rapport humain, sensible, à la presse et aux idées. Leur regard, leur conseil, la place qu’ils accordent à un magazine comptent énormément. Cette nouvelle formule a été pensée aussi pour eux pour qu’ils aient envie de la défendre, de la recommander et de la faire vivre sur leurs linéaires.

Direct-Éditeurs – Interview exclusive – vendredi 15/01/2026

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