
Mieux connaître Vanessa CAFFIN :
Vanessa Caffin est une romancière et réalisatrice française, ancienne journaliste sportive au Journal du dimanche et ex-directrice de la communication de la Ligue de Football Professionnel. Elle s’est tournée vers la fiction avec plusieurs romans remarqués et réalise également des courts métrages pour le cinéma et la télévision. En 2021, elle cofonde la maison d’édition indépendante Livres Agités, dédiée aux primo-romancières et aux récits engagés.
Le Corset est votre septième roman. Avec le recul, comment décririez-vous votre univers d’autrice aujourd’hui ?
Dans mes romans, j’explore la mémoire là où elle se loge le plus profondément, c’est-à-dire dans le corps. Mes romans sont des cartes de ce territoire invisible, où les silences, les secrets et les non-dits s’inscrivent comme des héritages ou des cicatrices. Avec Le Corset, cette quête prend une dimension nouvelle : le corps n’est plus seulement un réceptacle, mais un lieu de résistance et de rébellion.
Ce qui me guide, c’est l’idée que la mémoire n’est pas seulement une affaire de souvenirs, mais de sensations, de gestes, de traumas. Mes personnages sont souvent des femmes qui portent en elles des histoires qu’elles n’ont pas choisies, mais qu’elles doivent affronter pour se réinventer. J’aime ces textes où les personnages se construisent à partir d’une absence, d’un passé qui leur fait défaut et qu’ils cherchent à reconstituer. C’est exactement mon territoire.
Mon univers tourne autour des silences qui font du bruit. Des choses qu’on ne dit pas dans les familles et qui finissent par parler à travers le corps. De livre en livre, j’avance vers quelque chose de plus organique, de plus poétique, et de plus intime. Le Corset est sans doute celui où ces trois fils se rejoignent.
Dans ce nouveau livre, le secret familial et la mémoire occupent une place centrale.
Est-ce un thème qui s’est imposé naturellement à vous pour cette histoire ?
Oui, ce thème s’est imposé à moi comme une évidence, presque comme une nécessité. Le Corset est né d’une enquête intime, d’un besoin de comprendre ce qui, dans les silences et les non-dits familiaux, façonne nos vies bien au-delà de ce que l’on imagine.
Pour écrire ce roman, je me suis inspirée librement de l’histoire de mes grands-parents, de leurs secrets, de leurs omissions, et aussi de ma propre expérience avec la maladie — cette sensation d’étouffement, ce corps qui refuse parfois de suivre, comme s’il portait en lui des mémoires qui ne lui appartiennent pas. J’ai fouillé les archives familiales, les lettres, les photos, comme on fouille une maison vide après un deuil. Et c’est là que j’ai trouvé les trous, les manques, les questions sans réponses. Ces absences sont devenues le cœur du roman : et si nos corps gardaient la trace de ce qu’on nous a tu ?
J’ai compris en écrivant ce livre que la mémoire, chez moi, n’est pas un thème — c’est le personnage central de mes romans. Elle décide de ce qu’elle montre et de ce qu’elle cache, et c’est en fouillant dans ses recoins qu’on finit par se trouver soi-même.
À travers le souffle entravé de Vilma et cette image du corset, vous évoquez des femmes étouffées par les conventions sociales. Comment cette métaphore s’est-elle imposée à vous, et que souhaitiez-vous raconter de leur quête d’émancipation ?
Dans mon roman, le corset n’est pas seulement un symbole de la contrainte physique. C’est une métaphore de ce qu’on impose aux femmes depuis des siècles : un carcan qui modèle, qui serre, qui donne une silhouette « acceptable »… mais qui empêche de respirer. Pour Vilma, comme pour les femmes avant elle, le corset incarne cette violence sourde — celle des normes, des diagnostics, des rôles qu’on vous assigne.
Ce qui m’a toujours fascinée, c’est la manière dont les sociétés ont instrumentalisé le corps des femmes pour mieux les contrôler — et comment, en retour, celles-ci ont trouvé des failles dans ce système pour se réapproprier leur existence. Le corset, dans cette perspective, n’est qu’un symbole parmi d’autres, parce qu’il matérialise cette tension entre soumission et résistance.
Dans Le Corset, je voulais raconter cette lutte silencieuse et quotidienne — celle qui ne fait pas les grands récits historiques, mais qui traverse les générations. Vilma, comme tant de femmes avant elles, doit apprendre à respirer dans un monde qui lui dit sans cesse de retenir son souffle.
Vous êtes également réalisatrice et cofondatrice d’une maison d’édition.
Avez-vous d’autres projets ou actualités à partager pour 2026 ?
Oui, une grande actualité pour Livres agités, la maison d‘édition que j’ai cofondé avec Jeanne Thiriet : le 12 mars, nous publions Sur qui tombe la nuit, le premier roman de Marie Paule Istria. C’est un roman bouleversant, une histoire de silences là aussi et de reconstruction, un combat de femme extrêmement romanesque et la preuve qu’une vie peut faire roman ! Après les succès de Biche de Mona Messine et de Mon petit de Nadège Erika, ce livre est un enjeu très fort pour l’avenir de la maison. Les temps sont difficiles pour l’édition indépendante, encore plus pour les structures aussi petites que la nôtre. On a besoin plus que jamais du soutien des libraires pour faire émerger ce livre et cette très belle voix littéraire !
Et puis de mon côté, mon dernier court métrage On n’assassine pas Baudelaire, qui est un hommage à la littérature avec Mahaut Drama dans le rôle principal, commence sa vie en festivals. Mon court métrage précédent Temps de chien vient d’être acheté et sera diffusé sur TV5 monde cette année. Et puis je travaille sur plusieurs projets de fiction, notamment le développement de mon premier long métrage, adapté de l’un de mes romans.

Interview exclusive Direct-éditeurs – 06/03/2026
